Oui, une transformation souterraine s'opère en moi. Lentement, mais sûrement.
Oui, j'avoue, au moment où le métro arrive, je m'arrange à doubler tout le monde pour rentrer en première dans la rame.
Oui, une fois entrée dans le métro, je cours pour réussir à atteindre un siège avant les autres. Et quand j'y parviens, je lance à mon voisin(qui lui n'a pas été assez réactif)un petit regard en coin emprunt de fierté:"Ah, ah tu as vu pépère, je t'ai eu! C'est moi qui ai mes petites fesses à l'abri!!"
Lorsque je prends le métro aux heures de pointes et qu'il est donc impossible de se livrer à se genre de petit marathon, je me surprends malgré moi à pousser comme tout le monde pour rentrer dans le métro. Meme, je lutte sauvagement, joue du coude et des épaules, aussi frêles soit elles, la hargne y est! Et c'est le principal.
Je ne suis plus moi même, approximative rugbywomen...Et pire, à la fin de la mêlée, le visage encore rutilant de pellicules des chevelures diverses et variés de mes voisins, le manteau de travers, les orteils en purée, le front perlé de sueur comme après un footing de 3h...Je suis une bête hargneuse qui veut boire du sang!!
Quand il pleut, une autre bataille s'annonce. Tout le monde sort donc son parapluie, mais la densité n'étant pas la même, les trottoirs se transforment en un immense champ de bataille boueux, sournois petits dragons cracheurs d' embouteillages sans fin(déjà que en temps normal...). Circuler à une allure décente tient donc de l'épreuve de force. En France, ils vous arrivait de soulever votre parapluie courtoisement pour laisser passer la personne qui arrivait en face? De vous décaler légèrement sur le côté pour qu'elle puisse passer?Il faut oublier ça ici. Ou alors, vous êtes condamné à mourir sur le trottoir en attendant que quelqu'un est la gentillesse (ou plutôt l'étourderie) de vous laisser passer...
Il faut foncer. Alors, je fonce, armé de mon parapluie, indifférente au coups des autres parapluie, aux grimaces revêches et autre sourires coriaces de mes congénères.
Par ailleurs, cela me permet de tester assez rapidement la capacité de résistance et la qualité de mes parapluies. Les petites natures durent une journée, quelques heures s'il ya beaucoup de vent. Les warrior durent un mois, si je ne les perds pas entre temps.
Pire, j'ai quelque chose à confesser.
Bien sûr, les choeurs de raclements de gorge tonitruants dès le matin, concerto en "rroooarrrrghshkreuuu" précédant une nuée de jaillissement de morve, me répugnent et m'énervent toujours autant.
Mais parfois, au détour d'une ruelle, alors que je suis encore vaguement malade (avec la pollution et le taux d'humidité, mon nez ressemble en permanence à un girofard et j'ai la gorge qui me pique tout le temps), je sens une envie de cracher monter en moi!! Je me surprends à regarder autour de moi pour qu'il n'y ait personne pour assister à mon crime (tiens, le charmant jeune homme que j'ai croisé l'autre soir au Volar?!).
Evidemment, comme on n'est jamais seul ici, cela m'a a permis de réprimer mes pulsions jusqu'à présent.
J'ai envie de dire "arrête, esprit malfaisant, sors de mon corps, non je ne cracherai pas!!" Mais jusqu'à quand?!
En France, généralement, je faisais la queue. Mais ici, j'ai assez vite compris dans des situations (comme lorsque j'attendais pour prendre un billet de train à la gare) que la notion "d'ordre, place dans la queue, respect de celui devant soi" c'est, comme on dit, "peanuts"... Alors non seulement, maintenant je surveille du coin de l'oeuil mes congénères dans la queue, prête à bondir à la première amorce de doublement. Mais surtout, je me fais un malin plaisir à doubler l'air de rien, sans que personne ne me dise rien.
En France, je ne jurais que par Comptoir des Cotonniers et le Temps des Cerises pour les basiques. Et j'étais toujours fourrée chez Zara et H&M. Désormais, Zara représente le Mal, l'arnaque me présentant des collections passées trois fois plus cher qu'en France. Je fais un immense effort lorsque je passe devant pour ne pas rentrer dedans, me disant "non non, ne te laisse pas aller à la tentation..".
Mais en fait, j'ai de moins en moins à faire cette effort de méditation auto persuasive. Et j'en viens à ne plus faire mon shopping que dans des boutiques chinoises. Et récemment, je me même suis acheté une minirobe en laine rouge et noir bien chinoise, ainsi que des collants en laine bleu électrique, des chaussettes montantes, et un minishort en laines...
Non, le kitsch ne m'effraie plus. Et puis le kitsch maintenant c'est hype de toute façon, non?!
Enfin métamorphose ultime, lorsque je bouffe un truc dans la rue, et que je me retrouve avec un emballage quelquonque sous le bras, pique de brochette, sac plastique, vieux mouchoir en papier, je le balance, tout comme mes congénères chinois.
Je n'aurais jamais fait ça en France, mais peu à peu, sans que je m'en rende compte, j'en suis venu à balancer tout ce qui me gêner et occupait mes poches.
Heureusement, ce n'est pas sans bonne conscience citoyenne, patriotisme je dirais même! (ça aussi, c'est mon côté chinois!).
En ne mettant pas mes ordures dans la poubelle, je permets de donner du travail à tous ces gens des campagnes qui affluent à Shanghai, le miel et les abeilles en quelques sortes. J'évite des fléaux tel que le chômage qui ferait exploser la bulle de croissance chinoise. J'évite une crise sociale sans précédent. Crise sociale qui se propagerait en crise politique, cela va sans dire..
Oui, avec ce geste annodin, je fais reculer une révolution...
(si si..)
Si c'est pas beau l'assimilation culturelle!!
Mais, il me reste à progresser sur certains points: je ne bouffe pas encore de pattes de poulets (arrggff)..
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